Hommage à la résistance, Gaston Cabrier Maire d’Aurons et sa fille Marcelle

Discours lu lors de la Commémoration du 8 Mai 1945 à Aurons


Aujourd’hui, nous rendons hommage à la Résistance, à ces hommes et ces femmes qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, ont refusé la défaite, l’occupation et la soumission.
Dans la région de Salon-de-Provence, cette Résistance ne fut pas abstraite : elle fut réelle, quotidienne, profondément humaine. Elle s’est organisée dans les villages, dans les fermes, dans les collines de Provence.
Mais cette lutte a eu un prix.


Dans le seul canton de Salon, on compte plus de 30 résistants morts : fusillés, morts en déportation, tués au combat. Derrière ce nombre, il y a des familles, des vies brisées, des destins interrompus.
Parmi eux, un homme incarne cet engagement : Gaston Cabrier.
Né le 24 mai 1892 à Vidauban, il devient agriculteur puis maire du village d’Aurons. À 52 ans, il aurait pu rester à l’écart. Mais il choisit de résister.


Dès 1943, il s’engage dans les réseaux clandestins. Avec sa famille, il transforme sa ferme du Petit Sonnailler en refuge pour les réfractaires au STO, en base pour les maquisards et en dépôt d’armes parachutées.
Puis vient un moment décisif dans l’histoire de la guerre : le débarquement allié en Normandie
Il est annoncé le 5 juin par des messages codés diffusés à la radio, notamment par la BBC.
Pour les maquis du Sud, un message particulier est attendu : « Méfiez-vous du toréador. » car contrairement à la célèbre phrase « Les sanglots longs des violons de l’automne… », ce message ne concerne que les réseaux du Sud.
Ces mots annoncent le passage à l’action.


Dans toute la France,, en Provence, les maquis se mobilisent. Les armes sont sorties des caches, notamment celles transportées depuis les Basses-Alpes jusqu’à Aurons, dans la ferme de Gaston Cabrier.
À Aurons, des résistants affluent. La ferme devient un centre stratégique.
Mais la Résistance est fragile. Elle est menacée par la trahison.
Dans notre région, des réseaux sont brisés par un homme dont le nom de code était “Erick” un agent infiltré qui va livrer contre de l’argent les résistants à la Gestapo.
Cet agent double ne touchera d’ailleurs jamais cet argent car il sera rapidement exécuté par les nazis qui considéraient qu’il connaissait trop de secrets.
Cette terrible trahison entraîne l’arrestation des chefs locaux et de nombreux résistants
Le 15 juin 1944, Gaston Cabrier, comme souvent est dans ses champs, à travailler, entouré de ses proches et d’ouvriers agricoles.


Soudain, tout bascule. Une quarantaine d’hommes surgissent. Des soldats allemands, mais aussi des hommes en civil, de la gestapo et sans doute des miliciens. Ils encerclent les lieux. Toute fuite est impossible.
L’arrestation est brutale.
Sur place, les interrogatoires commencent. Les questions sont précises : les Allemands cherchent des armes, des caches, des preuves.
Ils savent.
Ils savent parce que quelqu’un a parlé. Parce que la Résistance a été trahie.
Après cet interrogatoire, Gaston Cabrier, est emmené.
Sa voiture est confisquée. Il est placé dans un convoi militaire. Direction Salon-de-Provence.
Sa famille alertée, tente d’agir… mais il est déjà trop tard.


Le jour même, le 15 juin 1944, seulement 2 mois avant la libération de la Provence, Gaston Cabrier est fusillé au Val de Cuech, aux côtés de Marcel Roustan un des chefs de la Résistance dans la région et de Jules Morgan un résistant très engagé dans la lutte contre l’oppression nazi.
Trois hommes unis dans le combat… et unis dans la mort.


Gaston Cabrier meurt à 52 ans, pour la liberté.
Mais Geston n’était pas seul dans son engagement À ses côtés, sa fille Marcelle Cabrier joue un rôle essentiel. Elle s’engage elle aussi dans la Résistance. Elle assure les liaisons, transporte des messages, participe à l’organisation et au ravitaillement des maquisards.


Elle fait preuve d’un courage remarquable. Lors des perquisitions de la Gestapo, elle garde son sang-froid, protège les informations et continue à agir malgré les dangers.
Elle incarne ces femmes de l’ombre, souvent oubliées, mais indispensables à la Résistance.
Sa fille Marcelle survivra, continuera à porter cette mémoire, et témoignera du courage de son père et de ceux qui ont combattu à ses côtés.


Aujourd’hui, nous avons un devoir.
Se souvenir de ces hommes…
Mais aussi de ces femmes, comme Marcelle, qui ont risqué leur vie dans l’ombre.
Se souvenir de leur courage face à la peur.
Se souvenir de leur engagement face à l’injustice.
Et transmettre cette mémoire.
Car se souvenir de Gaston Cabrier et de sa famille, c’est comprendre que la liberté n’est jamais acquise. Elle se défend, elle se protège… et parfois, elle se paie du prix le plus élevé.

Merci à Mireille Chorda fille de Marcelle Cabrier et petite fille de Gaston Cabrier pour avoir donné accès aux archives de sa famille.